L’Association Chems Pause
Le CoReSS Ile-De-France Nord-Ouest souhaite mettre à l’honneur des acteurs et des actrices impliqués dans le champ de la santé sexuelle sur le territoire et qui font bouger les lignes.
Aujourd’hui, coup de chapeau à Chems Pause qui nous parle de ses actions et de sa vision de la santé sexuelle. Qu’en est-il aujourd’hui ? Et pour demain : comment développer l’approche positive de la santé sexuelle ?
Nous remercions chaleureusement Chems Pause d’avoir répondu positivement à l’invitation et pour la qualité de ses réponses qui sont sources d’inspiration.
1/ Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre structure ?
Je suis Sébastien QUENU, sexothérapeute, hypnothérapeute, praticien en thérapie orientée solution et cofondateur et président de l’association Chems Pause.
Avec Jean-Patrick FABRE, ancien consommateur ayant pratiqué le chemsex, aujourd’hui patient expert en addictologie et secrétaire de l’association, nous avons créé Chems Pause le 16 septembre 2024, car nous étions fatigués de voir des personnes s’abîmer, démunis, sombrer et mourir, dans l’indifférence générale, sans espace bienveillant évident pour en parler ni soutien pour trouver des solutions concrètes.
Très peu de structures proposaient à l’époque une écoute et malheureusement elles ne sont pas non plus reconnues comme spécialisée vis-à-vis de la consommation de produits psychoactifs festifs ou dans le cadre du chemsex.
Trop souvent, ces problématiques étaient abordées uniquement sous l’angle sanitaire ou judiciaire, sans prendre en compte la complexité des parcours, ni la recherche de plaisir ou encore la nécessité de casser la solitude et l’importance pour chaque individu de se sentir aimé/validé. Et tout cela a été fortement accentué par la COVID et la nécessité de souffler, de trouver un moyen de s’évader après les confinements qui ont généré d’énormes sentiments d’isolement.
Aujourd’hui, Chems Pause rassemble une communauté de plus de 8 000 personnes sur les réseaux, avec plus de 1 million de vues sur Instagram ces 30 derniers jours ainsi que près de 200 adhérents.tes.
Nous avons la chance d’avoir pour marraine Nicky Doll (célèbre Drag Queen et présentatrice de l’émission Drag Race France sur France Télévisions, ndlr) qui porte haut et fort notre message de bienveillance, de prévention et de réduction des risques (RdR).
Nous sommes contactés quotidiennement par des usager·ère·s et des structures de toute la France, mais aussi d’Espagne, de Belgique, de Suisse, d’Angleterre et d’Allemagne. Malheureusement, nos moyens restent limités face à l’ampleur des besoins.
2/ Quelles sont vos actions phares ? Celles à venir ?
Notre cœur de mission repose sur trois piliers : l’écoute, l’accompagnement et la sensibilisation.
Les groupes de parole : Nous organisons tous les Vendredis sans exception de 19h à 21h30, des groupes de parole en présentiel à La Bulle (centre associatif au centre de Paris, ndlr), pour permettre aux usager·ère·s de rompre leur habitude de consommation car c’est un moment très sujet au « craving » (fait d’être en manque dans le cadre d’une addiction, ndlr), de partager leurs expériences et de trouver du soutien sans jugement.
Je précise que nous ne demandons aucune condition pour écouter celles et ceux dans le besoin de s’exprimer sur leurs problématiques et c’est pourquoi nous recevons des hommes comme des femmes, que ce soit cis ou trans.
Nous organisons également ce groupe au CMS d’Aubervilliers deux fois par mois grâce à la CPAM du 93 qui est à ce jour, la seule administration nous ayant subventionné.
Les groupes de parole avec proches aidants : Ce groupe est organisé tous les 2èmes dimanches de chaque mois, toujours à La Bulle. Cela permet à des consommateurs.rices ou des proches de venir seuls ou accompagnés. Il est important d’écouter et de comprendre les difficultés de chacun et cela permet aux participants.tes de mieux se comprendre. Ce groupe a rapidement obtenu une importante fréquentation et des personnes viennent parfois de très loin pour y participer comme par exemple de Normandie, de Lille, ou encore de Marseille.
Les activités sociales : Nous mettons en place des activités collectives pour recréer du lien hors contexte de consommation et de rapport sexuel afin de casser la solitude et l’isolement (après-midi jeux de société, soirée laser-game, escalade, self défense, canoë-kayak etc…).
Les ateliers : Nous organisons aussi des ateliers pour développer l’amour propre et la confiance en soi tels que la dramathérapie, l’art-thérapie, la méditation etc. afin de mieux accompagner les usagers.ères dans leur parcours de soin.
Les activités solidaires : nous proposons à nos usagers.ères d’aider une autre association ou lieu d’accueil comme la Maison d’Allanah, à Versailles (78), où nous intervenons une fois par mois pour rénover la maison. Cette maison accueille des personnes LGBTQIA+ menacées dans leur pays et en situation de grande vulnérabilité. Travaux, jardinage, nettoyage, atelier de cuisine… : c’est surtout un moyen de rencontrer d’autres personnes dans un contexte de solidarité.
La prévention et la réduction des risques : Nous intervenons lors d’événements, soirées clubing, festivals, forums pour prévenir, informer et distribuer du matériel de RdR. Nous diffusons également des campagnes sur les réseaux sociaux où nous sommes d’ailleurs les premiers à le faire à l’intention des femmes qui pratiquent le chemsex mais aussi à avoir obtenu un partenariat avec Grindr (application mobile de rencontre à destination principalement de la population HSH, ndlr) pour de la prévention et de la réduction des risques sur leur application.
Nous sensibilisons des professionnel·le·s de santé ainsi que d’autres associations sur les spécificités du chemsex et formons aussi des adhérents.tes afin de multiplier nos actions grâce à l’augmentation de nos bénévoles.
En 2027 nous souhaitons renforcer notre présence en région en continuant de développer des partenariats avec des Centres de Santé Sexuelle (CSS), Hôpitaux de Jour (HDJ), des CeGIDD, des Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) et d’autres associations communautaires.
Notre projet majeur est de créer des antennes locales avec tout le parcours de soin disponible.
Nous souhaitons également mettre en place des groupes de parole en visio avec un accompagnement en Langue des Signes Française (LSF) pour les personnes sourdes et malentendantes concernées par le chemsex, souvent encore plus isolées.
3/ Votre vision de la santé sexuelle et quels axes possibles de développement ? Pourquoi ?
Notre vision de la santé sexuelle est profondément positive, globale et communautaire.
La santé sexuelle, ce n’est pas seulement l’absence d’infections ou de grossesses non désirées : c’est avant tout un droit au plaisir, à l’autonomie, à l’information et au consentement éclairé.
Nous militons pour une approche qui tienne compte des réalités vécues : pratiques sexuelles diverses, usages de produits, enjeux de consentement, réduction des risques et empowerment des usager·ère·s.
Développer cette approche positive, c’est :
- Mieux former les professionnel·le·s à accueillir sans jugement toutes les pratiques.
- Soutenir l’éducation sexuelle continue, inclusive et adaptée aux publics.
- Faire de la prévention sur le chemsex et renforcer les dispositifs de réduction des risques spécifiques, incluant la santé mentale et le soutien social.
Favoriser la parole des personnes concernées et la pair-aidance : qui mieux que celles et ceux qui ont vécu ces réalités pour en parler ?
4/ Les difficultés auxquelles vous êtes confrontée ? Comment les lever ?
La première difficulté est bien sûr le manque de moyens humains et financiers pour répondre à l’ampleur des besoins : La demande explose, nos groupes de parole atteignent parfois plus de 35 personnes, mais les financements publics sont inexistants pour Chems Pause alors que nous sommes reconnus par le public concerné comme l’association numéro une en France de l’accompagnement vis-à-vis des problématiques liées au chemsex.
Toutes nos actions ne sont portées que par Jean-Patrick, moi et les 22 bénévoles engagés.
Nous faisons aussi face à une forme de tabou : le chemsex est encore un sujet que beaucoup préfèrent ignorer ou moraliser, plutôt que de le traiter comme une question de santé publique et de santé sexuelle à part entière.
C’est pourquoi j’auditionne à l’Assemblée nationale depuis plus de deux ans dans le but d’obtenir un projet de prévention nationale sur le chemsex et une politique adaptée.
Pour lever ces obstacles, nous avons besoin de :
- Reconnaissance institutionnelle claire et pérenne de nos actions
- Financements stables pour structurer un réseau national avec des locaux et former des intervenant·e·s et bénévoles
- Renforcement du travail en partenariat pour mailler le territoire et éviter que des usager·ère·s restent sans solution ou trop loin des structures de soin
5/ Le ou les messages que vous souhaiteriez faire passer grâce à cette prise de parole ?
Que personne ne doit rester seul·e face aux problèmes rencontrés avec le chemsex.
Que prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin des autres : chaque parole libérée, chaque action collective contribue à faire bouger les lignes.
Que la honte et la culpabilisation ne sauvent personne : c’est la bienveillance, l’écoute et l’entraide qui permettent de mieux comprendre et qui sauvent.
6/ Citation ou credo
« Prends soin de toi, prends soin des autres… » Notre slogan résume tout : aucun jugement, juste l’envie de construire un chemin plus sûr, plus doux et plus solidaire.
Lien vers le site de l’association : https://chemspause.fr/association/
Lien vers la page Instagram de l’association : https://www.instagram.com/chemspause/?hl=fr



